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Complainte litanies de mon Sacré-Cur

Prométhée et Vautour, châtiment et blasphème,
Mon Cur, cancer sans cur, se grignote lui-même.

Mon Cur est une urne où j'ai mis certains défunts,
Oh ! chut, refrains de leurs berceaux ! Et vous, parfums...

Mon Cur est un lexique où cent littératures
Se lardent sans répit de divines ratures.

Mon Cur est un désert altéré, bien que soûl
De ce vin revomi, l'universel dégoût.

Mon Cur est un Néron, enfant gâté d'Asie,
Qui d'empires de rêve en vain se rassasie.

Mon Cur est un noyé vidé d'âme et d'essors,
Qu'étreint la pieuvre spleen en ses ventouses d'or.

C'est un feu d'artifice, hélas ! Qu'avant la fête,
A noyé sans retour l' averse qui s'embête.

Mon Cur est le terrestre Histoire-Corbillard,
Que traînent au néant l'instinct et le hasard.

Mon Cur est une horloge oubliée à demeure,
Qui, me sachant défunt, s'obstine à sonner l'heure !

Mon aimée était là, toute à me consoler ;
Je l'ai trop fait souffrir, ça ne peut plus aller.

Mon Cur, plongé au Styx de nos arts danaïdes,
Présente à tout baiser une armure de vide.

Et toujours, mon Cur, ayant ainsi déclamé,
En revient à sa complainte : Aimer, être aimé !

Jules Laforgue

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