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Désolation (1)
Vertiges des Soleils! musiques infinies!
Mon Cur saigne d'amour et se fond de douceur,
Ô rondes d'astres d'or, bercez mes insomnies;
Dans un rythme très-lent, magique et guérisseur
                Bercez la Terre, votre sur.

Aimez-moi, bercez-moi. Le Cur de l'uvre immense
Le cur de l'univers est né; c'est moi qui l'ai,
Je suis le cur de Tout! et je saigne en démence,
Je déborde d'amour par l'azur étoilé,
                Je veux que tout soit consolé!

La Nature est en moi. J'ai levé tous les voiles;
Je sais l'Ennui des grands nuages voyageurs,
Je palpite la nuit dans l'ardeur des étoiles,
Mon sang teint les couchants aux tragiques splendeurs,
                Je pleure dans les vents rageurs !

Je comprends la tristesse éternelle des bêtes,
La méditation des bufs, du marabout,
Et l'effort du tronc d'arbre et le spleen des tempêtes,
L'amour de tous les curs en mon cur se résout,
                Venez! Je suis le Cur de tout!

Je suis le Bien-Aimé, le Triste. Que tout m'aime.
votre océan d'amour ma Douleur l'a tari,
J'ai fait de vos sanglots un long sanglot suprême
Que je couve en ce cur de tous les curs pétri;
                Soleils! je puis pousser le Cri!

Vos rondes henniront d'angoisse et d'épouvante;
Des signes flamboieront aux cieux; l'Humanité
S'assoira sur les monts écoutant dans l'attente
Le cri d'amour rouler sans fin répercuté
                Aux échos de l'éternité.

Mais non! je ne sais rien. - Je suis la Douleur même
Je souffre d'aimer trop; je sais que c'est mon sort,
Mais j'en veux épuiser la douceur; j'aime, j'aime,
Je veux saigner pour tout, saigner, toujours, encor..,
                Pour être épargné de la mort.

Jules Laforgue

1ère publication:
Poésies Complètes (Le Livre de Poche) 1970

Nota: Voir le poème Hypertrophie

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