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Désolations
Dans ces jours de grand vent où rage tout l'automne,
Loin des nefs aux vitraux plaintifs, loin des concerts,
Je m'en vais par les bois solennels et déserts,
Chantant des vers d'adieu d'une voix monotone.

Des vers, des vers d'adieu qui disent en rêvant
Les spleens chastes du Christ et des grandes victimes,
Aux chênes incompris échevelant leurs cimes
Dans la plainte éternelle et les grands deuils du vent.

Oh! qu'il est éternel le vent dans les grands chênes!
C'est comme un hosannah de désolations
Qui passe, puis s'apaise en lamentations
Sans fin, dans des rumeurs de cascades lointaines,

Si lointaines! Et moi, je ne veux pas savoir
Que ces sabbats rageurs sont mon apothéose,
Et que tous ces sanglots cherchent le cur des choses,
Et, ne le trouvant pas, hurlent leur désespoir.

Mais qui m'aime ? Seul, seul. Ô psaumes de rafales,
Prenez-le donc mon cur! et, plus haut que l'écho,
Brisez ce violon du terrestre sanglot
Dans vos déchaînements de clameurs triomphales!

Jules Laforgue

1ère publication:
Poésies Complètes (Le Livre de Poche) 1970

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