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Prière
Mon Dieu, c'est assez ! Vous qui connaissez
       L'Eternelle espérance
D'où vient ma langueur, oh ! prenez mon cur,
       Mon cur trop immense !
Puisque j'ai la foi, oh ! délivrez-moi
       Du cur qui me torture,
De mon cur trop lourd, où monte l'Amour
       De toute la Nature.
Qu'il brille, partout, fièvre sans dégoût,
       Comme une vaste éponge.
Aime de Douleur où la vie en fleurs
       Pour fleurir encor, plonge.

Qu'il fasse tout pur à travers l'azur,
       Et couvert d'un cilice
Qu'il monte vers vous, insulté de tous
       Et brûle et resplendisse
Calme et radieux, au sein des Cieux,
       Pour dire, ardent symbole
Que le désespoir est le reposoir
       Où l'Amour se console,
Vers qui toute âme vole !

Mon cur est gonflé d'amour, d'éternelle douleur. Il m'étouffe, ma poitrine s'ouvre, mon cur bout, énorme et rouge. Il monte dans l'azur solennel du Couchant, il monte et grandit en s'éloignant, et les Mondes viennent graviter au tour, et le consoler par des chants infinis !

Jules Laforgue

1ère publication:
Jules Laforgue inconnu de Robert Chauvelot (Nouvelles Editions Debresse) 1973
 

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